July 2012
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La première chose que je regarde chez une femme, c’est son apparence.
La deuxième, c’est sa conversation.
La troisième, sa dangerosité.
” —Guerilla PinéaleLes mots me semblent creux. Comment décrire un souvenir ? Quelques notes de la lamentable bande originale du Grand Bleu me replongent dans mon enfance. Mes parents écoutaient toujours les mêmes cassettes sur la route des vacances. De temps en temps, mon père, tout fier d’avoir copié sur un parallélépipède en plastique le contenu d’un disque emprunté à son Comité d’Entreprise, adjoignait une de ses nouvelles prises au menu.
Cependant, ces écarts ne volaient jamais longtemps la vedette à la programmation principale, qui tenait sur deux cassettes. Un brin de Pink Floyd période Wish You Were Here, un peu de Renaud Séchan, Queen de Bohemian Rapsody à Innuendo, Le Grand Bleu, Depeche Mode période Some Great Reward – Black Celebration – Music For The Masses.
La première fois que j’ai entendu Welcome To The Machine, quelque chose s’est brisé en moi. Une gangue, probablement, car il me semble que cassure et cristallisation ne firent qu’une. Cette chanson semble aujourd’hui encore l’écho parfait de ma mélancolie ordinaire. Une pure et simple synchronicité. Evidemment, des écoutes répétées à travers les âges en ont atténué l’impact, mais l’ancrage demeure intact.
A cet instant précis – l’instant précis où j’écris “instant précis” dans une ridicule tentative de mise en abîme visant à relever la dimension pseudo-littéraire de ce texte – la chanson démarre. Je réalise que même sans comprendre les paroles du haut de mes, allez, quatre ans ? Déjà à l’époque, ce mélange de désespoir, d’amertume et de flamboyance était aussi limpide qu’en ce jour de l’an de grâce 2012 où j’écoute encore ce petit bout d’éternité périssable. La définition que je me fais de la mélancolie émerge comme la pointe d’une dague qu’un félon m’aurait enfoncée entre deux vertèbres au petit matin et qui surgirait au-delà de mon plexus solaire dans une métaphore du KI rayonnant par delà l’espace. Je suis un prince, je me dirige à la fenêtre de mon palais pour contempler mon vaste royaume bercé de brume – c’est un royaume vallonné où l’on distille du whisky – et là, l’orchestre fait feu de tous bois, tous vents et toutes cordes, la lame me traverse tel un cheval égaré sous la herse. Car elle se cache ici la mélancolie, quelque part dans la cage thoracique.
La mélancolie ce n’est pas une chanson de Léo Ferré, l’homme dont les lignes vocales suivent toujours les même intervalles, non, c’est la tristesse de ressentir une sentiment profond, intense, dément et divin, qui mêle la joie, le sentiment d’absolu et les plus grands espoirs, accompagnés d’une cruelle certitude, celle de ne pouvoir partager ce sentiment avec qui que se soit.